
Pas de choc en retour
Je serais porté à partir d'une langue pour aboutir à l'autre dans un parcours déjà préfixé où les étapes sont les points d'arrivée que je trouve en allant vers l'autre ou au contraire en revenant à la mienne. Ce serait comme aller de Paris a Lyon ou de Madrid à Séville. Si être bi/tri/quadrilingue signifie garder 2/3/4 dictionnaires dans sa propre tête et les avoir pour l'occasion, aller ou revenir n'est plus une affaire qui débouche sur un parcours mais c'est seulement exploiter le dépôt de sons que vous avez en les faisant sortir comme une grammaire le demande. Vous vivez déjà là lorsque vous parlez, et dans la conversation faite en ce langue-là vous avez déjà oublié la langue maternelle. Ainsi, revenir à l'italien n'est rien de plus qu'un simple passer de l'Explorer que vous avez dans vôtre desktop au Firefox que vous avez déjà prêt sur la barre dessous. Supposez de travailler avec Windows XP (je suis en traîn de le faire avec Vista) et d'avoir trois browsers à disposition: Explorer, Netscape, Firefox. Ces trois logiciels qui ont la fonction de navigateurs sont les trois langues que vous parlez couramment dans la vie. Lorsque vous passez de l'un à l'autre il n'y a aucune contamination, c'est-à-dire vous travaillez avec l'un ou avec l'autre (una page sera chargée par l'un des trois à la fois = ainsi vous parlez, sans faire aucun passage, l'une ou l'autre des trois langues). Lorsque l'ordinateur est en traîn de travailler avec Explorer il ne pensera jamais à Netscape ou à Firefox. Le même se passe dans vôtre cerveau, qui prend le mot qu'il faut seulement d'une partition (anglais) oubliant pour le moment ses autres deux. Donc, on pourrait même parler d'une langue comme d'une partition. La navigation se fait à travers la mer, mais une mer à la fois sans que les autres aient la possibilité de déranger le parcours.
Cela dit, il faut considérer que le retour à une partition (vôtre langue maternelle), après avoir travaillé avec l'autre, est très naturel. Vôtre cerveau change la partition en reprenant la vitesse qu'il avait dans la partition de départ. Le procédé qui remplace une partition par l'autre n'a pas un temps particulier. Il m'arrive de le constater chaque fois que je me rends en France et puis reviens tôt en Italie. Lorsqu'il me faut parler de nouveau en italien, après la frontière, je n'ai aucun fichier setup à installer dans ma tête. De la même façon, je tire une quantité de mots déjà installés (les 200.000 italiens) qui s'ensuivent comme des vagues dans la mer l'un après l'autre. Le retour, après une ou deux semaines, ne sera pas un choc. Mais trois ou quatre ans sans un mot italien vous trouveront un peu deshabitués, de telle sorte que beaucoup de phrases vous viendront en français plutòt qu'en italien. C'est un événement linguistique, dont je parle sur le site www.grammatiche.com à propos des émigrés en Australie qui restent même 50 ans sans faire une conversation en italien. Si vous allez les trouver après 50 ans ils parleront une langue italienne lente, éloignée d'eux-mêmes, avec des hésitations à l'intérieur du discours (eh... ah... mmmh...). Le retour à une langue maternelle, après avoir fait émigrer vôtre tête, est très intéressant dans un cas comme le mien (s'habituer à écrire en français, pour deux jours, et puis revenir à l'autre partition). Dans ce cas, vous remarquerez ce qui sépare les deux du point de vue de la grammaire ou de la syntaxe. Justement le fait de 'venir de faire une chose', qui ne peut pas être exprimé de la même façon en italien, vous donne l'exemple d'un intime regret parce que j'aimerais bien pouvoir dire par exemple 'Je viens de lire ton site', mais en italien je peux dire seulement 'Ho appena letto il tuo sito'. Par contre, le regret grandit chaque fois que l'italien me donne une possibilité que le français n'avait pas. Si je peux dire de nouveau mon fréquent 'beh' (vous le trouverez dans ces pages aussi) je suis bien, parce qu'en français j'avait seulement un 'bon' qui n'est pas le même. En bref, je suis affectionné au 'beh' italien comme je suis lié au 'cappuccino e cornetto' du petit déjeuner du matin. On dit couramment: "Sans le petit déjeuner je ne peux pas marcher jusqu'a midi". Tout cela vous dit que les regrets ou les plaisirs dépendent seulement de l'état de la langue et de son efficacité.
Est-ce qu'il y a quelques contrecoups? Parfois, oui. Il peut m'arriver de désirer une combinaison d'expressions de la langue française, ou encore plus souvent de verbes. Disons, en particulier, que la langue italienne n'a pas de sons merveilleux comme aboutir, déboucher, effleurer. Voilà ce qui me manque, notamment dans la langue écrite. Ne pas avoir un aboutir, dans ma langue maternelle, est triste. FAQ. Mais qu'est-ce qui donne la différence? La différence ici est donnée justement par le son. 'Aboutir' te donne une idée que nôtre 'andare a finire' ou 'portare' n'auront jamais. Ou, par exemple, si je dis 'déboucher' l'image plus immédiate est un but ou un point d'arrivée indiqué par une direction. Rien de pareil en italien. Ce n'est pas, bien sûr, un choc mais une personne qui rumine les langues avec plaisir aimerait avoir de combinaisons à disposition qu'on ne trouve pas toujours. FAQ. T'arrêtes-tu parfois en italien aussi? Te manque-t-il ton terrain, parfois? En italien jamais. Mais si le soir je n'ai pas envie de parler ou d'écrire être contraint à le faire ne serait plus une chose facile, car je n'aurais pas mon dépôt entier à disposition.
N'ayant pas une interaction, les partitions (langues) ont de caractéristiques qui ne se mêlent jamais. La langue de départ n'existe plus quand vous êtes en traîn d'employer la langue d'arrivée. Je suis quand même embarrassé par le fait de prononcer par exemple un mot italien dans les discours en français. Si je parle en français, je n'ai aucune autre possibilité pour rendre 'cappuccino' parce que ni le café au lait ni le café crème me donnent l'image qu'il me faut. Au moment de prononcer en français le mot italien (cappuccino) une hésitation fatale me fait arrêter au début, parce que je ne sais comment la prononcer. Si je prononce le mot comme l'on dirait en Italie, je doute que le son ait un sens et trouve une ambiance. Si, au contraire, je cherche de franciser le 'cappuccino' le résultat sera très pénible. Le même à l'envers, car si je dis 'parure' ou 'Renault' comme vous les amis italiens me regardent très mal. La seule façon de composer toutes ces choses reste la conservation de son propre enclos. Et quand une petite défaillance paraît frapper ton discours, il faut ne pas avoir peur. Seulement deux heures d'auto me séparent de la France, et bientôt je serai de nouveau chez vous. 0.45 - 26 juillet 07