Une enquête hardie

SYNTHESE - Plusieurs fois j'ai dit que la traduction est un art. Mais il y a de nombreux cas où le passage d'une langue à l'autre equivaut à parler. Lorsque je me mets a écrire en français j'oublie d'être italien et la pensée avance à la même vitesse qu'elle aurait en n'importe quelle langue. Voilà ce qui s'appelle traduire, qui n'est pas bouger mais se réduire simplement à rendre en autre système. Cela veut dire que je ne suis plus italien si je peux être bilingue: au moment de rendre en français je suis seulement français à moins que je ne connaisse pas une expression qu'il me faut. Si je ne sais pas comment dire vôtre 'faits bruts' je suis contraint à chercher mon 'fatti nudi e crudi' dans vôtre dictionnaire. C'est un des (deux) cas dans lequels j'emploie mon dictionnaire. Avant de le chercher je savais, bien sûr, qu'il n'y a pas de correspondants (autrement j'aurais écrit 'faits nus et crus'). Le dictionnaire sert seulement à combler un vide déjà signalé par mon cerveau, qui me dit soudain: "Ici tu n'es pas sur ton terrain et alors il faut chercher ce que tu veux dire".
FAQ. Intéressant. Et quand t'arrive-t-il? Il m'arrive quand je suis là mais tout à coup la pensée s'arrête comme à réclamer le manque de quelque chose. Arrivé à ce point-là il me fallait une expression que je ne connaissais pas. La recherche m'a donné une bouée, de sorte que j'ai pu dépasser le moment. FAQ. Ne pouvais-tu pas en trouver une autre? Non, le domaine m'imposait ça. C'est-à-dire, je voulais seulement trouver le correspondant de mon idée en français, ce qui ne pouvait pas être remplacé par d'autres expressions. FAQ. Et le second cas dans lequel tu emploies le dictionnaire? C'est le cas d'une incertitude. Si j'écris 's'échapper' il peut m'arriver d'avoir doutes sur le verbe, parce que je me souviens qu'il existe 'échapper' aussi. L'un ou l'autre? Ce sera le dictionnaire à me donner la réponse.

Donc, la narration - qui n'est pas simultanée, mais simplement narration comme ce serait dans une conversation - se déroule comme un fleuve qui parfois a besoin d'un arrêt pour un éclairage et puis continue à couler. Plusieurs versions viennent néanmoins du fait que le fleuve (ce fleuve qui coule dans moi-même) repasse dans son parcours et se revoit. FAQ. Comme dans un miroir? Non, à l'intérieur de la pensée même. C'est une idée qui s'ensuit, chaque fois, et me dit: "Va sur le point, sur la ligne 20 ou 25 parce qu'il y a une chose à réviser". Je réponds: "Ce sera l'accent, comme toujours, que j'ai oublié". Et je m'aperçois, en effet, qu'un accent n'est pas correct ou à été oublié. Je l'ajoute.

En faisant cela un autre détail me saute aux yeux. Un 'malheureusement' au bénéfice de Ségolène, qui pourrait déséquilibrer mon analyse, ou 'qui sortait des intentions de 1958' au lieu d'un plus simple '1958' qui suffisait. Alors, j'irai corriger ou enlever. Dans le même temps, en lisant du papier ou le Web je me souviens de beaucoup d'autres choses qui pourraient aussi changer le sort de ma page. Après deux jours, un article du quotidien Le Monde portait un M.X qui m'a fait sursauter. J'avait écrit Mr.Hollande (et la première manquait même de la 'e' finale), parce que je venais de l'habituel Mr. de l'anglais. Une chose fréquente est le passage inconsidéré de l'anglais. Le fleuve, qui coulait tranquille, a reçu soudain un affluent (la langue anglaise!) qu'il ne devait pas recevoir. Une invasion de plus en plus débordante, qui arrive à ceux qui se trouvent à la parler ou écrire. L'autre cours d'eau arrivé hors de propos, la fameuse 'temptation', était justement un de ces cas fréquents. Vraiment, j'étais (et je dirais encore 'je suis') sûr que le mot français était le 'tempter'. FAQ. Pourquoi? Ca me sonne très bien, quand même. Donc, j'aurais parié une somme d'argent que c'était 'tempter' au lieu de 'tenter'. Moi, je ne cherche jamais une chose dont je suis sûr. L'effet sera bizarre pour les lecteurs français. Et je reste désolé.

Le départ, venons au départ. Chaque page commence par une idée soudaine. Je vais presque toujours sous le coup d'une impulsion ou d'une occasion qu'une autre source me donne et je me mets à écrire. C'est parce que ça m'embête de ne pas lire de choses claires ou intelligentes, ou simplement le fait que le sujet d'un article me pousse à intervenir. Dans ce cas, c'est Le Monde edition Web qui m'a poussé. Je venais de lire que le PS craignait un renforcement du pouvoir présidentiel, et la chose me paraissaît intéressante. Je pensais: "Auront-ils compris les limites que chaque pouvoir présidentiel devrait observer?". Tout de suite, j'ai eu envie d'écrire sur cet argument et le titre obligé (le problème-Sarkozy) est arrivé à l'instant. L'après-midi de samdi m'a inspiré et j'ai publié une page sur cet argument. Écrire en français est une affaire d'automatisme, comme l'écrire en anglais. 17.15 - 24 juillet 07 Je reprendrai dans une heure.

La sarkotisation est comme un jeu de mots. C'est vrai qu'il y en a beaucoup, avec le Sarko de base... et la chose commence à ennuyer. Mais je n'avais pas d'autres possibilités: pour donner l'effet d'un système qui tourne autour de quelqu'un il faut l'appeler comme celui-là. FAQ. Est-ce-que la Sarko-manie te dérange? Non, pas du tout. Je le trouve sympathique. Mais si on écrit de choses serieuses il faut être serieux. Une chose qui dérange c'est la constante adoration des journalistes autour de lui. Mois, je ne comprenais pas ça, d'autant plus qu'il me paraissaît pas différent des autres. Ensuite, des gens français qui voyageaient avec moi m'ont expliqué qu'il a su fonder un empire... ou plutôt disons que les journalistes se sont retrouvés sous son empire en quelques années. Quand j'ai demandé, ils m'ont expliqué davantage sur ce qu'il se passe dans les relations politique-médias. Alors j'ai compris. FAQ. Revenons à la langue. Il y a encore des accents à ajouter n'est-ce pas? Oui, mais il arrive un moment qui me fait terminer la page. Si l'épouse avait l'accent, mon epouse en fera à moins (et personne ne se fachera). Je ne peux pas devenir fou, vous savez qu'en prêtant attention aux accents français le risque de devenir fou est concret. Il y en a une quantité étonnante. Si vous êtes italiens vous ne comprendrez jamais l'exigence de donner accents à tout bout de champ. Nous avons le final de tous les mots qui le voient tomber sur la dernière (par example, perché, verità...) et c'est fini. Les Français ont gardé une forêt d'accents (voilà, dites-moi pourquoi ce que je viens d'écrire, pour l'e de forêt, est nécessaire). Un problème de plus c'est le fait de chercher la combinaison, dans mon clavier, de ALT + NUMÉRO pour écrire le É (ALT + 144) ou le ç (ALT + 135). Choses qui font travailler et - parfois - perdre du temps. 18.23 - 24 juillet 07

Est-ce qu'il y a des clichés aussi? Bien sûr, je me retrouve avec mes faiblesses aussi. Je suis sûr que l'ambitieux hyperactif est pour les lecteurs français ce que la Tour Eiffel est pour Paris. Je m'aperçois que le virus, attribué à Sarkozy, est comme nôtre Tour Penchée de Pise, mais je ne pourrais rien faire de ce point de vue. La pensée va (et le fleuve coule) dans la direction que les temps et chaque domaine decident. Si tout le monde pense une chose, il y a aura cinque ou six mots/expressions pour l'exprimer. Je serai contraint à l'employer, parce que rien d'autre peut se présenter à mon cerveau. Par example, si vous dites 'magnat des médias' pour nôtre Berlusconi, cela coulera lui-aussi partout. Ainsi, c'est un fleuve qui s'empare de ce qu'il trouve dans le domaine et dans le temps actuel. FAQ. Est-ce qu'il t'arrive d'écrire bêtises aussi? Ah, bien sûr. Une version moyenne, de la quinzaine, avait une impression de Sarkozy rassemblé au vignobles de France, une nation dont la nature me paraissaît paysanne. J'ai eu le temps de me repentir et de l'enlever, mais je trouve que la chose est quand même très intéressante. Si l'auteur écrit une bêtise, par example à 17.15 de l'après-midi, vous devrez en tirer les conclusions: l'auteur a eu un moment critique, et sa pensée le suivait dans cette défaillance. Je suis épris de cette idée, c'est-à-dire la science qui explique même les mauvais ou les bons passages d'un texte selon le moment précis. Si tu te sentais bien deux heures après, sûrement tu aura corrigé ta propre erreur. Il s'agit d'un message fondamental, dont j'ai parlé souvent dans mes sites. Les dates, les jours, les années... tout ce qui se réfère au temps signifie quelque chose. N'oubliez jamais ça. 18.51 - 24 juillet 07

Les ajouts... aussi. S'il me faut d'expliquer pourquoi l'ascension de Sarkozy a été seulement politique je ne trouve rien de mieux que donner cette image. Si tu me donnes un vote, de quelle ascension veux-tu parler? Ce que j'ajoute sert en tant que complément à rendre le texte plus clair. Si le lecteur ne comprend pas ça, il faut le lui rendre plus facile avec une image. FAQ. Donc, cette vitesse est la même des pages en italien? Presque. J'écris presque à la vitesse de la pensée, dans le sens que je fait suivre à chaque idée son expression écrite dans la page. FAQ. Et l'anglais? Je suis très à l'aise avec la langue anglaise aussi. Avec cette différence... que les mots anglais sont plus frais dans ma tête, car le Web est une forêt anglaise et j'ai été plusieurs années à familiariser avec les mots anglais. Le résultat est la série d'affluents qui de temps en temps se présentent au fleuve principal. Parfois il arrive, par example, qu'un mot trouve l'écriture anglaise au lieu de celle française, seulement pour la simple différence d'une voyelle ou d'une consonne. Bien sûr, ça suffit de reprendre à travailler en français pour une ou deux semaines - comme je suis en traîn de faire - et tout se remet en place à l'intérieur. FAQ. Les élections ont-elles renforcé ce processus? Les élections françaises sont une chanson que j'ai déjà écouté à chaque reprise. J'avais parlé en mai de rechauffé, pour définir la série d'arguments traités dans les débats. Je trouve que mes voyages en France sont, de ce point de vue, plus utiles. Tu parles avec les gens et apprends un nombre de mots que la presse ou les livres ne te donneraient jamais d'un seul coup. C'est le Web, dernièrement, qui donne les atouts les plus étonnants. 19.23 - 24 juillet 07

Prochainement, sur ce site, vous lirez même une version espagnole et russe. Ce sera une grande experience, du point de vu de la langue. L'espagnol ne serait pas nécessaire, puisqu'ils comprendent très bien l'italien. Mais l'exigence est différente: si je dois m'adresser aux Espagnols - comme je suis en traîn de faire avec vous en français - il me faut une autre page, entièrement en cette langue. Le même vaut pour le russe. FAQ. Les Russes? Avec l'attachement qu'ils ont pour l'Eglise Orthodoxe? Oui, convertir les gens à oublier l'ancienne (et fausse) idée de Dieu est pour moi un grand enjeu. Un impératif. Il faut que je m'adresse à eux, tout de suite. 19.36 - 24 juillet 07